retour à la page accueil

Le fou d'Omar

Revue de presse

 

  • Pariscope / Julien Barret

    Omar est le père d'une famille exilée, déchirée, qui a fui le Liban en guerre pour le Canada. Sa mort nous est annoncée dès le début par son fils aîné, fou, passionnément fidèle à son père. L'autre frère, un auteur à succès qui vit à Paris, a renié ses origines et changé de nom. Récitant des poèmes en Arabe et en Français, la figure du père navigue entre les deux fils comme une âme errante. On salue la performance des trois comédiens d'origines différentes : libanaise, française et québécoise – un très bon choix de mise en scène. Une adaptation très émouvante…

 

  • La Terrasse/ Manuel Piolat Soleymat

    Nabil El Azan porte à la scène Le Fou d’Omar, troisième roman de l’écrivaine québécoise d’origine libanaise Abla Farhoud. Un roman polyphonique explorant les voies complexes et douloureuses d’une famille exilée.
    Ils sont trois sur scène : Rawi alias Pierre-Luc Duranceau (le comédien français Baptiste Kubich) ; Radwan (le comédien québécois Eric Robidoux) ; Omar, leur père (le comédien libanais Gabriel Yammine). Trois présences qui se croisent bien qu’appartenant à des espaces-temps différents, trois voix qui soliloquent, qui s'entrelacent durant une représentation faite de reproches, de regrets, de doutes, de poésie et de divagations. Un père vient de mourir, ses deux fils, à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, livrent certaines bribes de leur histoire familiale. Une histoire douloureuse, traversée par des deuils, marquée par l’exil, organisée autour du déséquilibre psychiatrique de Radwan. Une histoire révélant les vulnérabilités de ce dernier, mais aussi celles de Rawi, frère ennemi devenu écrivain à succès, accomplissant ainsi le rêve avorté de son aîné rongé par la folie, frère refusant d’exaucer l’un des vœux les plus chers de celui-ci : écrire sa vie de démence afin qu’il puisse, peut-être, mieux la comprendre en la lisant.

    Trois monologues, trois quêtes identitaires.
     « Tu es attaché à la souffrance de ton frère, se reproche Rawi. Ton frère est fou et c’est toi qui est aliéné (…), enfermé dans une prison que tu t’es construite pour rien… » Faisant se confronter les tourments identitaires de ces trois protagonistes enchaînés les uns aux autres (l’âme du père questionne le rapport au divin à travers des extraits de textes religieux ou poétiques), le metteur en scène d’origine libanaise Nabil El Azan construit une représentation mêlant différentes langues (les interventions en Arabe du défunt sont de toute beauté), différentes atmosphères et différents codes de jeux. Ainsi, alors que Gabriel Yammine déploie une forme d’adresse puissante, intériorisée, alors qu’Eric Robidoux construit un personnage véhément, d’une présence saillante (…).

 

  • Témoignage Chrétien / Jean-Pierre Han

    C’est dans un petit théâtre, l’Atalante, que dirigent conjointement, avec courage et abnégation, Agathe Alexis et Alain barsacq, que se donne un superbe spectacle, tité d’un roman, Le fou d’Omar. Nabil El Azan a adapté l’œuvre de la libanaise émigrée au Québec, Abla Farhoud, avec beaucoup de pertinence, ajoutant quelques extraits de Borgès, de Khayyam, du coran, du livre de Job, d’Adonis et de quelques autres, aux paroles des protagonistes.

Le fou d’Omar d’Abla Farhoud, c’est le chaos. Et la mise en scène de Nabil El Azan, qui est parfaitement fidèle à l’esprit du roman, donne véritablement à voir cet éclatement des personnalités dans un monde saisi par la folie, car c’est la folie du monde qui engendre la folie d’un individu, poète lui aussi au départ, comme Omar..Personnalité déchiquetée dans un noyau familial lui aussi éclaté, en perte définitive d’identité et de repère, entre Liban et Québec, d’un lieu à l’autre, le texte d’Abla Farhoud brasse tout cela avec une sensibilité vive dont le travail de Nabil El Azan et de ses trois comédiens dominés par la présence de Gabriel Yammine, rend parfaitement compte.

 

  • Spectacles-selection.fr / Marie-Laure Atinault

    Un appartement où le livre est roi, sur les étagères des photos, des souvenirs. Un homme à terre souffre, soliloque dans une langue où se bousculent le français, l’anglais, l’arabe. Il souffre de tout son être. Il souffre de tous ses esprits. Son père Omar vient de mourir. Le poète Omar est parti. Lui, Radwan le fils aîné, est seul, désespéré. Il devrait conduire le deuil, accomplir les gestes et dire les paroles rituelles. Mais il ne peut pas. Impuissant, désespéré par sa folie. Depuis qu’ils ont fui le Liban pour venir s’installer à Montréal, la famille d’Omar n’a pas arrêté de se disloquer. Les femmes sont mortes. Rawi, le deuxième fils, est parti. Omar s’est occupé de son fils schizophrène. Entre deux crises, Radwan appelle les ombres du passé, il appelle ses morts, ses souvenirs d’une vie qui n’existe plus. Radwan essaie de refaire le grand puzzle de sa vie et de son esprit disloqués. Il voudrait appeler son frère. Mais il ne peut pas, ne veut pas. Rawi, de l’autre côté de l’océan, en France est devenu Pierre Luc Duranceau, écrivain blond à succès. « PLD » a refait sa vie ou plus exactement il a « fait » sa vie, abandonnant le Liban, sa langue, sa culture, sa religion. Physiquement, il s’est fait un look de français, il s’est inventé une famille, des souvenirs. Parfois ses vrais souvenirs le submergent comme une lame de fond frappant férocement sur la digue de ses défenses. Non, il n’est pas libanais, non il n’est pas musulman, non il n’a pas de frère. Oui, il a du succès, un succès usurpé car intimement il le sait, c’est son frère qui a du talent. PDL devant son ordinateur tout blanc est en panne d’inspiration. Intimement, profondément, il sait que ce frère qu’il a banni de sa mémoire, a besoin de lui. Mais Pierre Luc est fils unique. Nuit de folie, de crise, de désespoir, de pleurs trop longtemps contenus sur la perte d’un pays, orphelin de ses enfants et d’espoir. Radwan, le fou d’Omar, entonnera-t-il le chant de mort du poète ?

    Spectacle coup de poing, spectacle coup de cœur qui met K.O. un public médusé. Nabil El Azan est libanais francophone. Il vit depuis trente ans en France, nouant des liens intimes entre ses deux pays. Le roman de Abla Farhoud est un choc. Dès les premières lignes de l’adaptation, Nabil El Azan sait qu’il faut faire une distribution à trois voix, trois langues. Française pour Rawi (Baptiste Kubich), québécoise pour Radwan (Eric Robidoux) et libanaise pour Omar (Gabriel Yammine). Gabriel Yammine est très connu au Liban, il est le prof théâtre de la Star Academy ! Baptiste Kubich tient avec une rage contenue le rôle ingrat de Rawi le traître à lui-même. Eric Robidoux est une révélation. Sa scène de danse de St Gui, son délire paranoïde, en pleine crise schizophrène gêne, bouleverse et interpelle le public impuissant. Son jeu hallucinant, précis, fiévreux, empreint d’une poésie rocailleuse nous laisse K.O. Nabil El Azan offre un spectacle intense et bouleversant, d’une rare intensité. 

 

  • Le Figaroscope / Jean-luc Jeneer

     Le père meurt, le fils pleure. Ou tente de pleurer. L’autre fils est à l’étranger, en France, où il a refait complètement sa vie. Il a changé son nom arabe en nom bien français et est devenu écrivain à succès. Le fils, blessé dans sa chair, raconte l’histoire de sa famille libanaise, le déracinement au Québec, l’ombre du père. Celui-ci erre, esprit incarné par un comédien, sur le plateau. C’est le signe d’une mise en scène qui fuit le réalisme.

Le spectacle parle de la difficulté à être parmi les autres. Il est tiré d’un roman et ça se sent. Nabil El Azan signe comme à son habitude une belle mise en scène. Les comédiens sont justes, concernés, ça respire l’intelligence, une vraie atmosphère est créée (…).  Le très beau monologue du père nous entraîne dans les hauteurs spirituelles…

 

  • aphg.fr  L'Association des Professeurs d'Histoire et de Géographie de l'Enseignement Public / Jacques Portes

    Le spectacle du mois.  Omar, sa femme et ses enfants ont fui dans les années 1970 Beyrouth en guerre pour redémarrer une vie au Canada : fixé à Montréal, Omar a fait fortune dans le commerce des petites culottes « Paradise » et de divers colifichets. Mais le drame véritable survient quand le fils préféré Radwan (Eric Robidoux) devient fou, porteur de rêves insensés, ce qui provoque le départ pour la France de Radwi, devenu un écrivain célèbre vivant sur la Côte d’Azur, sous le nom d’emprunt de Pierre Luc Duranceau (Baptiste Kubich) pour renoncer à sa famille devenue invivable. La pièce commence au moment de la mort d’Omar, alors que  Radwan s’avère totalement impuissant à agir pour les obsèques et le deuil, il tente de téléphoner à son frère, mais ne laisse pas de message. Ce dernier se doute de quelque chose et, comme malgré lui, est profondément troublé par le souvenir de son père et de son frère. La pièce mise en scène par Nabil El Azan, montre en même temps l’appartement montréalais et celui de Pierre Luc, où chacun des deux frères vit à sa façon la mort du père, dont le personnage rôde en permanence parmi eux (Gabriel Yammine), faisant du café ou une omelette, rappelant ses souvenirs ou disant des passages du Coran et de quelques grands auteurs. Finalement, Radwi est aussi presque aussi dérangé que son frère, car il comprend qu’il est impossible de nier la réalité et de refuser ses origines. Les trois acteurs, chacun venant du pays correspondant au pays de son personnage, rendent fort bien ce texte sur l’identité mentale et raciale, sur l’équilibre nécessaire pour mener sa vie ; une mention spéciale pour Éric Robidoux qui joue la folie avec une force et une finesse remarquables, sans jamais tomber dans la caricature.

 

  • RMC Doualiya / Alia Kdeih

    Le roman d'Abla Farhoud qui explore les voies douloureuses de l'exil et de la folie, est remarquablement porté à la scène par Nabil El Azan et brillamment interprété par trois comédiens d'origines différentes : le Québécois Eric Robidoux, le Français Baptiste Kubich et le Libanais Gabriel Yammine.

     

  • L'Orient - Le Jour / Caroline Hatem
  • Après le Soir de la Générale, une pièce de Claire Béchet qui traitait déjà de la folie, celle  d’une femme isolée,  Nabil El Azan s’est attelé à la mise en scène du Fou d’Omar, qu’il a lui-même adapté (avec la collaboration de Michèle Antiphon), à partir d’un roman de Abla Farhoud, Libanaise émigrée au Canada, née en 1951. La différence est de taille. La densité, la profondeur, les échos du magnifique texte de Farhoud, serti d’extraits littéraires (Shakespeare, Hafiz, Dante…), nous exhortent à nous projeter à la fois dans les remous de l’exil des Libanais et dans l’universelle détresse de ceux qui, lorsqu’ils perdent ou renoncent à des re-pères (Dieu, le père, la patrie, tri-parternité !), sont frappés de lucidité : peut-on agir, vivre, lorsque les voiles tombent ?

    Le lever de rideau est terrifiant : un homme aux yeux révulsés est couché vers nous, et nous tombons déjà dans le vide. Une bande-son (excellente de bout en bout, signée Jean-Christophe Desnoux) « mondialisante » (musique pop, radio, discours de Bush, oud oriental) habille la scène de sens familiers. Nous entrons dans l’intimité d’un, puis de deux, puis de trois hommes résidant chacun dans un espace différent : Montréal pour Radwan le Fou, le Côte d’Azur pour Rawi, son frère écrivain, et l’espace intérieur, éternel, d’Omar, le père, qui vient de décéder. « Father is dead » est la première phrase énoncée par Radwan, fils aîné, génial, schizophrène (exceptionnel Éric Robidoux), portant les stigmates de sa famille, de son pays, des hommes. Radwan « peut tout se permettre » dit Rawi. Devant lui, avec lui, on ne peut plus se mentir à soi-même : nous sommes peu de chose, sous l’habit du quotidien.

    Radwan a toujours vécu chez ses parents. Sa mère morte, il vit avec son père, qui prépare le café matinal et le réveille, jusqu’au jour où il meurt dans son sommeil. Le fils veut avertir la famille, les amis, il appelle son frère, puis se ravise… Il n’a pas envie de voir « leurs têtes de George W. Bush »…

    Rawi, lui,  (émouvant Baptiste Kubich), a fui, comme ses sœurs, très loin, pour échapper au malheur. Il s’installe en France, change de nom (devient Duranceau), de prénom (Pierre-Luc), de parents (il s’invente fils de Marie, un comble pour un Musulman). Auteur de romans historiques, il enchaîne les succès, son écriture est plate, fausse, comme lui. C’est « un phraseur, un imposteur », accuse Radwan. Il a voulu se convaincre qu’en changeant d’histoire il pouvait devenir individu, au sens où l’entend l’Occident, séparé, heureux, léger, amnésique (un comble pour un historien). Mais il est rattrapé, arraché de sa piscine, de son ordinateur, de sa bibliothèque aérée, au moindre coup de fil de son frère. « Juste à penser à lui, le désespoir réapparaît ». Et il ne s’agit pas uniquement de souffrir pour un frère malade, de tenter de le sauver, comme l’a longuement exigé le père. La souffrance de son frère « est devenu le terreau de sa vie » : au travers de son frère, il a le loisir de contempler le vide abyssal de toute vie. C’est une  douleur ontologique, une prise de conscience – tout est vain, sauf les liens qui l’attachent à cette famille d’exilés, « agglutinée dans le malheur », ayant fui la guerre certes, mais s’étant surtout soumise au désir du père de changer d’air.

    Radwan aurait lui-même voulu être écrivain. Il a noirci des pages entières « mais ne peut mener un projet à bout ». Et pourtant, c’est bien lui qui brille, d’intelligence, de sagesse, lui le poète, l’incandescent, lui qui reçoit et transforme le monde en phrases morcelées et parfaites, lui par qui le chaos s’exprime, en son immensité, « l’infini terrible » qui « effara ton œil bleu », dit-il à Ophélie en se prenant pour Rimbaud (comme il ne cesse, ailleurs,  de citer Hamlet et son humour, excellent, noir et fin, n’est pas sans rappeler celui du Danois). Seulement, pour créer, il lui manque la capacité d’aligner des actions, d’y croire. Tandis que son frère, écrivain médiocre, est capable d’agir, d’accomplir – « la vie, c’est l’action, dit-il. Je hais la procrastination », Radwan ne peut quant à lui accomplir les gestes, les rituels de la mort, ou la préparation d’un repas. Son père mort, il ne sait plus quoi faire du tout. Mais son corps sur scène, sa parole de génie, sa danse, nous ravagent, nous emplissent, et font sens, c’est un homme qui chante, il est comme la musique qui trace des notes et nous fait ployer sur son fil au-dessus du silence.

    Et pourtant Omar, le père mort (un Gabriel Yammine massif, monolithique, comme abasourdi), qui, à Beyrouth, récitait de la poésie avant de se lancer à Montréal dans la confection de lingerie « Paradise », s’accroche encore au sens ! La maladie de son fils n’est que le fruit d’un « mauvais sort, une épreuve », l’œuvre d’Ibliss. Il n’a cessé de s’en remettre à plus fort que lui-même, à Dieu, sa Volonté, son Désir, à l’instar des mystiques. Il aurait pu tout aussi bien se vouer au politique, à l’idéologie, aux puissants de ce monde. Il récite tout au long de la pièce les mots des poètes, des prophètes, Khayyam ou Job, (en arabe surtitré en français – et il est vrai que le jeu de Yammine permet de ne pas personnaliser Omar outre mesure). C’est à travers eux qu’il explore diverses façons de faire front, d’ordonner, de s’expliquer avec le monde. Mais comme il finit par l’admettre au moment de son départ : tout cela ne voile pas la réalité que lui renvoie son fils, dont il attendait bien plus, c’est-à-dire une persona, un personnage, une figuration, et pas ce chaos élémentaire, fondamental, gorgeant un corps jusqu’à l’explosion, jusqu’aux étoiles. Omar est omniprésent sur scène, circulant entre ses deux fils, trop d’ailleurs : on aurait préféré qu’il se retire parfois, comme tous les pères, pour n’en être que plus présent. Lorsqu’il aura conclu avec Job qu’il « n’a pas eu droit au bonheur », il se ravise et s’enveloppe enfin dans l’amour, le grand tissu, la grande famille des êtres.

    « J’aimerais avoir droit au bonheur », dit Rawi, et c’est avec lui que nous compatissons. Comme lui, nous voudrions croire – enfants de guerre, d’exil, de séparation – que nous avons le droit de détourner les yeux, de nous extraire de cette « laine monochrome », de nous fonder autrement, de pousser comme un arbre dans des clairières plus vastes et nues, et pas dans des sous-bois obscurs et violents, dont les poisons et les charmes nous rendent perméables, friables et tremblants « comme une feuille sur laquelle rien ne s’imprime, qui bruisse ». Or c’est lorsqu’il réalise que son frère et lui sont interchangeables qu’il approche de la solution. Son frère exprime sa douleur, la nôtre – la schizophrénie de Radwan lui permet d’être nous tous à la fois. Que de fois n’a-t-on eu mal, exactement comme ça ? Et à chaque fois que Radwan/Robidoux parle «en langue » (plusieurs d’ailleurs, l’arabe, l’anglais, le français, l’italien), la pièce accède au chef d’œuvre. Ces monologues de folie lucide sont éblouissants. Rawi était en mesure de raconter (comme l’indique le sens arabe de son prénom), et son frère l’a d’ailleurs chargé de raconter sa vie pour « y comprendre quelque chose », mais le spectateur se rend compte que son récit est moribond, inutile, aliéné, comme il l’est lui-même, emprisonné dans le corps de Pierre-Luc Duranceau, vidé de substance, loin de la réalité du père, du frère, des sœurs. C’est en s’avançant vers le feu de la vie terrible, dévorante, avide, inévitable, qu’il peut enfin agir, voir, être, accepter.

    Courez-y ! La mise en scène toute en finesse, le texte toujours juste, souvent drôle, et l’interprétation des acteurs font que la pièce ne bascule jamais dans le grotesque,  la caricature ou la gratuité.  A la fois grave et moqueur, comme l’Orient, le Fou d’Omar nous envoûte.

     Faute d’avoir pu être créée à Beyrouth comme prévu (pour cause « d’événements »), elle y sera programmée en automne prochain.

     

  • laboiteasortie.com / Marie Barral

    De l’histoire d’une famille libanaise éclatée, une réflexion sur la fraternité, la folie, le mal… Un belle pièce, quasi-religieuse.

    « My father is dead. My father is dead and I am alive. And I am almost alive ». De la bouche de Radwan (Eric Robidoux), les mots fusent en anglais, en français, en arabe, en italien parfois. Empruntées à Dante, Shakespeare, Rimbaud, Mallarmé ou Saint-Mathieu, les phrases s’entrechoquent au gré des associations d’idées. Le jeune homme déclame pour combler le vide, compenser le fait qu’il ne soit plus rien, ou peut-être simplement un « chien », bavant comme celui de Pavolov mais bien moins utile… Dans son délire son père (Gabriel Yammine) lui apparaît, homme calme, presque sage, qui égraine les sourates au rythme de son chapelet. Comme par le passé, Omar prépare un dîner pour son fils, lui donne ses médicaments, veille sur lui en père aimant.

    Malheureusement cette présence n’est que vision ; dans sa folie, Radwan, l’homme « incapable » d’un « geste pratico-pratique » a les « idées claires ». La perte de son père n’est que l’aboutissement d’un long dépouillement : perte de lui même, perte de Beyrouth pour Montréal, perte du frère, Rawi (Baptiste Kubich)… Bien vivant, ce dernier est devenu ce que Radwan n’a jamais pu être : un écrivain riche et célèbre. Mais Rawi n’est plus Rawi, avec une entière maîtrise de son corps et de son identité, il a complètement changé de vie.

    Mais peut-on, par simple acte de volonté, changer entièrement d’identité ? Peut-on tout renier quand on a vécu comme des « manchots », en exilés toujours collés ? Et que signifie « Lui c’est lui et toi c’est toi » quand « Lui », le frère malade, fut, à cause de son mal et des années durant « le nombril ambulant » de la famille ? Aux questions du frère se mêlent les lamentations du père. Par la voix de Job, le fantôme d’Omar -qui toute sa vie a lutté contre la maladie de son fils-, prend à partie l’Eternel. Le Libanais a réussi Outre-Atlantique, toute sa famille  a survécu à la guerre et voilà que son fils regrette que sa fragilité, sa lucidité et sa sensibilité n’aient pas suffit à le terrasser….

    L’Atalante est une chapelle ; sur l’autel, chacune des figures de la trinité, croix sur les épaules, frappe aux portes d’un paradis  (vide?). Ibn Arabi, Paul Ceylan ou Bach, les intercesseurs sont nombreux, les Libanais riches de leurs voyages.
  • Radio Enghien
  • Spectacle choc !… Nabil El Azan repousse les murs de L’Atalante. Les 3 acteurs sont remarquables. On en sort bouleversé.

 

  • billetreduc.com

    Profond, dense et émouvant… Des acteurs remarquables. A voir Absolument…

  

 

 

 

 

 

La Barraca  Créations théâtrales

Compagnie conventionnée Drac-Île de France

15, avenue de la Duchesse du Maine. Sceaux
tel 01 46 61 07 04. labarraca@free.fr

 

 
 
 

 

retour à la page accueil