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L'ÉMIGRÉ DE BRISBANE
 
Presse
Photos

De Georges Schéhadé
mise en scène Nabil El Azan

Création au Festival International de Baalbek, juillet 2004

Reprise
Palais de l’Unesco, Beyrouth
du 28 novembre au 3 décembre 2004

et le 7 décembre Festival du théâtre à Amman - Jordanie

Spectacle en langue arabe surtitré en français

Version arabe : Issa Makhlouf
Musique originale : Zad Moultaka
Scénographie : Jacques Gabel
Lumières : Philippe Lacombe
Costumes : Rabih Kayrouz
Chorégraphie : Gaetano Battezzato et Marie-Zénobie Haley
Coordination artistique : Nadine Mokdessi
Direction technique : Abdo Nawar

Avec
Carole Abboud, Randa Asmar, Mounzer Baalbaki, Mario Bassil, Nicolas Daniel,

Fadi Ibrahim, Julia Kassar, Mounir Kesrouani, Maurice Maalouf,

Dalia Naous, Camille Salamé, Gabriel Yammine...

 

L'ÉMIGRÉ DE BRISBANE

Synopsis

La pièce s’ouvre sur l’arrivée d’un cocher emmenant dans son village natal un vieil émigré. C’est la nuit et à part les chiens « qui chantent » tout semble dormir dans Belvento, ce beau village sicilien.

Le lendemain, le village se réveille sur la nouvelle de la mort de cet émigré, apparemment revenu pour retrouver un fils qu’il aurait eu avant de partir. Laquelle est la mère ? Les femmes sont convoquées pour reconnaître la photo de l’émigré désormais accrochée sur la place et du coup, reconnaître leur faute. Celles-ci sont offusquées et leurs maris scandalisés : comment ose-t-on accuser ces femmes d’un acte si déshonorant ? Seulement voilà, on apprend que l’émigré avait sur lui une sacoche pleine d’argent, qui reviendrait en héritage au fils. Cela change tout. Surtout pour les maris qui vont essayer, l’un après l’autre, de pousser leur épouse de prétendre être la mère du fils héritier. Jusqu’au drame !

Au tableau final, le même cocher ramène à Belvento un autre émigré, un chanteur d’opéra, même si ce village s’avère ne pas être le sien, juste comme ça, « pour l’amour de l’esthétique »…

 

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L'ÉMIGRÉ DE BRISBANE
Notes de mise en scène


“Qui dit argent, Ciccio, dit bouleversements, friandises et cul en l’air ! Telle est la mauvaise nature de l’homme”. Bénéfico. Acte 3.

L’Émigré de Brisbane est une oeuvre moderne, résolument. Comme on le dit d’un grand drame shakespearien. Et universelle. Non seulement parce que l’homme contemporain est désormais émigré partout, mais davantage encore, parce que l’argent est le grand vainqueur en ces temps de crises de toutes sortes, de pensée notamment. Il faut lui rendre hommage, à Schéhadé j’entends, d’avoir si bien pu mettre le doigt sur les pouvoirs maléfiques de l’argent dans un monde où les racines, les repères et les valeurs se brouillent, se perdent ou se dissolvent.

D’où mon désir de porter sur scène cette oeuvre débarrassée cependant de son carcan “villageois”. C’est un village-monde onirique d’aujourd’hui et d’hier, fruit de l’imaginaire d’une jeune adolescente, Anna, l’ange de la pièce…

Voilà donc Anna, une jeune adolescente d’aujourd’hui, déambulant hier dans les « ruines » de Baalbeck, aujourd’hui dans la salle d’un théâtre, dansant plutôt, recherchant dans la mémoire des pierres, comme des traces d’une identité, d’un destin, et qui tombe sur une photo d’un jeune homme dont elle se met à rêver une histoire… Celle d’un certain émigré, de retour dans son pays natal, en quête de son paradis perdu, peut-être d’une identité à jamais introuvable… Et Anna, poursuivant sa rêverie, de dérouler le fil de son imaginaire. Quelques pièces argentées « comme la lune » dans les poches de son émigré, et voilà le mal qui s’insinue dans le coeur des hommes si simples, si honnêtes (des hommes nets!), voilà le monstre qui se reveille en eux et voilà la nuit du théâtre investie des mystères de l’âme humaine.

Mais si L’Émigré de Brisbane est une farce tragique c’est aussi un songe d’une rare densité poétique. Car la langue de Schéhadé y est à l’oeuvre Et c’est une langue qui semble s’émerveiller à dire, sans doute d’autant plus que ce qui est à dire est noir. Schéhadé, ce contemporain de Beckett et de Ionesco, n’était pas moins desespéré qu’eux, sauf qu’il faisait de la poésie un répit et dans la langue française un joujou, une arme.

Allant jusqu’au bout du paradoxe Schéhadien, je propose cette pièce en arabe, avec un surtitage dans son français original. En arabe, c’est dans une langue théâtrale inédite, mélange d’arabe littéraire et de parler courant, qui restitue quelque chose de l’insolite de la poésie de Schéhadé.
En arabe, c’est aussi l’occasion donnée à une belle brochette de comédiens libanais de se confronter à l’univers de leur grand auteur et, probablement, l’occasion donnée au théâtre libanais de revenir sur la scène internationale.
Nabil El Azan, septembre 04

 

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Georges Schéhadé

Né en 1905 à Alexandrie, il est le fils aîné d'une famille de six enfants. Vers 1919, le père ayant perdu sa fortune, les Schehadé retournent précipitamment au Liban où Georges Schehadé achève des études commerciales au collège du Sacré-Coeur en 1925.

Cinq ans plus tard, il devient le principal assistant, au sein de l'Instruction publique, de Gabriel Bounoure, grand critique littéraire. Il a déjà écrit L'Ecolier Sultan, Rodogune Sinne et une partie de ses poèmes, publiée dans la revue Commerce, lui valent l'admiration de Paul Éluard.

À partir de 1933, Georges Schehadé voyage : il va en Italie, en Pologne et à Paris, où il rend visite à Max Jacob, Jules Supervielle et Saint-John Perse. 1939 : écriture de Monsieur Bo'ble. 1944 : Gabriel Bounoure fonde l'École supérieure des lettres à Beyrouth, et Georges Schehadé en devient le secrétaire général. Il fait des voyages de plus en plus fréquents à Paris, où il fait la connaissance, entre autres, de Pierre Jean Jouve, Chagall, André Breton et Octavio Paz.

La véritable consécration arrive en 1951, lors de la première de Monsieur Bo'ble au Théâtre de la Huchette, mise en scène par Georges Vitaly. Face à la polémique levée par la presse, André Breton, René Char, Henri Pichette et Gérard Philippe prennent sa défense publiquement.

À partir de cette date, son parcours littéraire est jalonné de succès internationaux : publication, en 1954, du recueil Les Poésies aux éditions Gallimard, qui éditera par la suite la majorité de son oeuvre. Triomphe à Zürich, en 1957, pour Histoire de Vasco, mise en scène par Jean-Louis Barrault. L'Allemagne fera honneur à Schehadé en créant, en allemand, Les Violettes et L'Émigré de Brisbane.

En 1967, le président Senghor l'invite à Dakar où il assiste à une représentation de L'Émigré de Brisbane. Quelques mois plus tard, cette pièce est inscrite au répertoire de la Comédie-Française, où il sera présent à la première,et dont la mise en scène est signée Jacques Mauclair.

En 1976, il fait partie du jury du Festival de Cannes, aux côtés de Tennessee Williams, Mario Vargas Llosa et Costa Gavras et le peintre Carzou.

En 1977, il assiste à la soirée d'hommage que lui consacre le Centre Georges Pompidou. La guerre fait rage au Liban, mais le poète ne quitte définitivement son pays qu'à la mort de sa mère, en 1978, pour s'installer à Paris. Ses pièces continuent d'être montées et, en 1985, paraît son dernier recueil, Le Nageur d'un seul amour. Les Poésies VII demeureront inachevées. À la fin de sa vie, il reçoit deux grandes distinctions : premier lauréat, en 1986, du Grand Prix de la francophonie décerné par l'Académie française, et invité officiel par la Société Royale du Canada au sommet francophone du Québec.

Ce sera son dernier voyage. Georges Schehadé s'éteint à Paris le 17 janvier 1989 à la suite d'une embolie. Il repose au cimetière de Montparnasse.

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