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LE COLLIER D’HÉLÈNE
Bilan
Tournée du spectacle saison 2008-2009
Du 3 au 14 mars 2009 : Théâtre des Quartiers d'Ivry Ivry sur Seine. 10 représentations, 935 spectateurs. Taux de fréquentation 105%
Les 17 et 18 mars 2009 : Salle Max Jacob. Bobigny. 2 représentations. 476 spectateurs. Taux de fréquentation 67 %
Le 27 mars à 2009 : Biennale des théâtres du monde Théâtre Mohamed V. Rabat - Maroc. 1 représentation. 520 spectateurs. Taux de fréquentation 85 %
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Total représentations : 13
Total spectateurs : 1901
Revue de presse
Un reportage sur France Inter, par Thomas Chauvineau pour l'émission Éclectic du samedi 7 mars 2009.
- Un reportage dans La Croix
L’HUMANITÉ
Une perle du théâtre-monde
Avec le Collier d’Hélène, de Carole Fréchette, les artistes du Théâtre national palestinien participent à un projet international.C’est lors de la venue du Théâtre national palestinien de Jérusalem Est aux Bouffes du Nord en janvier 2007 que naît le projet de travailler ensemble entre Jamal Ghosheh (directeur du TNP) et Nabil El Azan, metteur en scène franco-libanais qui porte la compagnie La Barraca et sa philosophie du théâtre-monde. Un véritable appel d’air pour les artistes palestiniens asphyxiés par l’occupation et qui souffrent d’un grand isolement. Le TNP, installé à Jérusalem depuis une vingtaine d’années, parvient à diffuser son travail dans d’autres villes palestiniennes, bien qu’il ne dispose d’aucune subvention, mais il est rare qu’il puisse participer à des créations internationales.
La reprise du Collier d’Hélène, que Nabil El Azan a déjà monté en 2002 à Beyrouth et à Damas et qui a tourné en France (notamment au Théâtre du Rond-Point) en réunissant des acteurs palestiniens et français dans un spectacle en français et en arabe surtitré, est une véritable re-création. Cette subtile pièce de Carole Fréchette, écrite au Liban mais sans que les lieux soient nommés, peut être aisément transposée et trouve une nouvelle résonance portée par des acteurs palestiniens, tous impeccables avec une grande qualité de présence et de jeu.
L’histoire met face à face Hélène (Mireille Roussel), Européenne venue à Beyrouth pour un congrès et qui perd un petit collier sans valeur mais auquel elle est très attachée, et des personnages types : un chauffeur de taxi (Saleh Bakri), un chef de chantier (Husam Abu Eisheh), une femme qui a perdu son enfant dans un attentat (Areen Omari), un réfugié palestinien (Mahmoud Awad), un vendeur à la sauvette (Daoud Totah). Tous traversés par la guerre, la souffrance et la perte. En proie à des interrogations existentielles et entraînée dans la recherche frénétique du collier, Hélène ne prend que peu à peu la mesure du décalage de la situation, mise à mal par les interpellations de ses interlocuteurs : « Rentrez dans votre maison qui est encore debout. Rentrez dans votre maison qui a tous ses morceaux. » « J’ai perdu ma place sur la Terre, elle n’aurait pas glissé dans vos chaussures ? »
La plupart du temps, les dialogues se font à l’adresse au public, sans que les comédiens se regardent vraiment, ce qui accentue le sentiment du décalage. Tout comme les plans vidéo qui zooment sur les visages des protagonistes, les donnant à voir comme un supplément d’émotions et de nuances. La mise en scène est sobre et rigoureuse. De hauts panneaux suffisent à indiquer les lieux : ruines, ruelles, maisons dévastées… la parole des comédiens faisant naître tous les paysages dans une belle alternance musicale de l’arabe et du français.
Mireille Roussel est une Hélène étonnante. Silhouette menue de rouge vêtue, à la fois forte et fragile, elle est d’une vitalité étincelante. Elle porte l’argument maître de la pièce « On ne peut plus vivre comme ça » avec une conviction qui se transmet comme la langue. À ses côtés, en contrepoint, aussi peu loquace qu’elle est avide de paroles, Nabil est un chauffeur de taxi énigmatique et incandescent.
Un très bel ensemble de comédiens particulièrement justes et talentueux.
Marina da Silva
FROGGY’S DELIGHT
Le collier d'Hélène
Comédie dramatique de Carole Fréchette, mise en scène de Nabil El Azan, avec Hussam Abu Eisheh, Mahmoud Awad, Saleh Bakri, Mireille Roussel, Reem Talhami et Daoud Totah.
Venue dans cette ville arabe à l’occasion d’un congrès, Hélène, à la recherche de son collier "évanescent" en plastique, va rencontrer différents personnages qui lui serviront de révélateur.
C’est une version en trois langues (français, arabe, anglais) que présente ici la Compagnie La Barraca mise en scène par Nabil El Azan (qui avait déjà monté la pièce en 2002), avec pour particularité de faire jouer tous les rôles (à part celui d’Hélène) par les acteurs du Théâtre National Palestinien.
Ecrite en 2000 au Liban, lors d’un séjour d’un mois qui fût un vrai choc pour Carole Fréchette, celle-ci prend ici le point de vue d’une étrangère occidentale et parle de la perte. C’est au travers de cette perte d'un banal collier qu’Hélène peut comprendre celle beaucoup plus douloureuse de tout un peuple. Cette prise de conscience d’une douleur collective à travers ces diverses rencontres va lui permettre d’abandonner peu à peu son arrogance et ses certitudes de riche européenne pour aller vers le principal. La pièce, même si elle est ancrée au Moyen-Orient, dépasse le cadre du Liban ou de la Palestine pour avoir une portée universelle.
Nabil El Azan propose ici "Le collier d’Hélène" dans une version sombre, rythmée par les notes graves et assourdissantes d’un piano. La mise en scène tendue, conçue autour d’un dispositif de panneaux mouvants dont certains servent d’écran pour révéler parfois le détail d’un visage, le tout cerné de caméras de surveillance.
Mireille Roussel, d’une présence inouïe, incarne avec infiniment de talent une Hélène qui évolue au fil de la pièce, de rencontres en découvertes. A ses côtés, les comédiens du Théâtre national de Palestine sont tous criants de vérité. Et leur quotidien, si proche de celui de la pièce, ajoute encore à l’émotion.
Une pièce grandiose et essentielle, mise en scène avec puissance et inspiration, dont on souhaiterait qu’elle soit vue par le plus grand nombre, tant ce message : "on ne peut plus vivre comme ça" est d’une trop brûlante actualité.
Nicolas Arnstam
THEATREDUBLOG
Le Collier d'Hélène de Carole Fréchette, mise en scène de Nabil el Azan.
La pièce a été écrite par Carole Fréchette après un séjour au Liban il y a presque dix ans. Créée en 2002 puis jouée au Théâtre du Rond-Point en 2003 ,elle vient d'être reprise à la suite d'une résidence de création au Théâtre national de Palestine à Jérusalem, en collaboration avec la Compagnie La Barraca. L'argument en est des plus simples: une jeune femme européenne est au Liban, pour un congrès mais est restée un peu. Elle s'aperçoit alors qu'elle a perdu un petit collier de perles en plastique sans aucune valeur qu'elle va tenter, sans l'ombre d'un espoir, de retrouver dans une sorte de quête personnelle , en parcourant une ville en ruines à la fois dévastée et en reconstruction qu'elle ne connaît évidemment pas. Aucun souvenir aucun indice pour l'aider, bien sûr à retrouver ce collier. Elle va rencontrer quelques figures emblématiques de cette ville; d'abord Nabil, un jeune et beau chauffeur de taxi qui lui sert de guide, à la fois patient,calme et attentif à sa demande qu'il juge sans doute irréaliste . Sans doute Carole Fréchette a-t-elle dû être frappée par la beauté des paysages maritimes , difficilement conciiiable avec des quartiers entiers de rues et de maisons dévastées. Le Liban, Gaza… bref, nous avons tous vu ces immeubles éventrés, ces rues couvertes de voitures calcinées, où quelques gamins continuent quand même à jouer. la guerre, toujours la guerre, puis le temps de l'après-guerre vécu comme une fatalité avec laquelle il faut bien continuer à vivre Hélène rencontre ensuite un contre-maître quelque peu démoralisé, puis un jeune femme au bout du bout du désespoir qui n'arrive toujours pas à admettre qu'elle ait pu perdre son petit garçon, victime d'une bombe. C'est bien d'une perte aussi dont cette jeune femme souffre cruellement et sans aucune commune mesure, bien entendu, avec elle d'un pauvre petit collier. Mais la perte ou plutôt le sentiment de la perte, est universel et c'est à cause de cette perte , aussi dérisoire soit-elle, qu'Hélène se sent peut-être plus vite si proche de cette jeune femme arabe dont elle ne connaît même pas la langue…
Hélène va aussi trouver sur ses pas, après encore un parcours en taxi, toujours cornaquée par le beau Nabil, un réfugié qui lui redit dans une souffrance sans fin qu”on ne peut plus vivre comme çà et qui lui fait promettre de dire là-bas dan son pays où il n'ira probablement jamais: ” Dans les soirées, avec vos amies, quand vous buvez du vin, quand vous regardez par la fenêtre la ville toute blanche, si paisible et si bien ordonnée, dite-le, même si personne ne comprend, même si vous n'êtes plus certaine de savoir d'où vient cette phrase, parce que ça fait longtemps et c'est si loin, à l'autre bout de la terre. Dites-le.” Elle rencontrera enfin un petit revendeur à la sauvette de n'importe quoi , qui veut lui refiler un collier pour remplacer celui qu'elle recherche avec tant de passion inutile.
La pièce de Carole Fréchette est écrite dans une langue simple et à la fois poétique, bien servie par la mise en scène et l' intelligente direction d'acteurs de Nabil el Azan qui donne les choses à voir avec beaucoup de sobriété et de précision. La scène est vide , juste délimitée par des chassis pivotants. Les comédiens jouent , pour Mireille Roussel en français, et pour Hussan Abu Eiseh, Mahmoud Awad, Saled Bakri, Reen Talhami et Daoud Totah en arabe. Leur jeu est précis, calme et toujours juste, et ils ont tous une présence étonnante.
Et il n'y aucune difficulté de compréhension , puisque la traduction s'affiche en arabe, en anglais, et français. Saluons la performance de Mireille Roussel, en scène du début jusqu'à la fin ; on avait pu la voir récemment chez Ludovic Lagarde puis chez Céline Pauthe dans S'agite et se pavane, mais elle est ici exceptionnelle; elle possède une force intérieure et une présence remarquables . A voir, oui sans aucun doute…
Philippe Duvignal
Théâtre des Quartiers d'Ivry rue Danièle Casanova, jusqu'au 14 mars. et Salle Max jacob à Bobigny le 17 et le 18 mars.
THEATREDESMOTS
Le parcours initiatique et l'errance d'une femme occidentale à la recherche de son petit collier de perles dans une ville arabe. Un chauffeur de taxi est son guide et son protecteur dans ce parcours.
Une pièce d'auteur sur un sujet brûlant d'actualité, tricotée d'une façon concrète, poétique avec ce qu'il faut de touches drôles pour parler de la tragédie quotidienne qui se vit en Israél, sans imposer une unique interprétation, et évoquer l'occident face à la réalité en palestine.
Cette femme brune au léger accent étranger qui incarne l'Europe, la légèreté, Paris tel qu'il est imaginé, a perdu dans ce pays où elle est là par hasard quelque chose pouvant apparaître futile, son petit collier de perles enfilées sur du fil invisible. Elle rencontre différent habitants, une femme très brune portant une longue robe qui cherche une petite balle rouge, celle de son fils tué dans un attentat à la bombe, un homme qui achève d'enlever les gravats des maisons détruites, n'a plus de maison lui non plus et cherche dans les décombres des bribes de sa vie passé. Chacun recherche des traces, une compréhension des événements, des souvenirs, des illusions à garder, des choses à espérer, ce qu'il dit ou pense chercher n'est pas forcément ce qu'il veut trouver. Des sentiments n'ont pas besoin d'une même langue pour être semblables. Cette femme jouée par une captivante comédienne dont le subtil accent étranger peut être aussi celui d'une israélienne d'origine juive, est investit d'une mission -puisqu'elle est là, qu'elle a appris ce quotidien si éloigné du sien et qu'elle demande ce qu'elle peut faire - d'aller dire au monde, qu'ici : "On ne peut plus vivre comme ça".
Le collier d'Hélène évoque le sentiment d'abandon ressenti par les palestiniens pour ce qui se passe chez eux -par l'idée que "c'est leur affaire", des fausses tristesse face à ce qui ne nous touche pas directement (la mère qui à perdu son fils dit ensuite en riant à l'européenne, que "ce n'est pas vrai de toute façon", qu'elle a mentie, et qu'elle aussi, "n'a pas de peine pour elle"- pour l'autre-), de cette nécessité de témoigner, de donner son avis. J'ai ressenti aussi une dénonciation de cette autre sorte de colonialisme, par habitude et méconnaissance (lorsque la jeune femme demande à Nabil son guide toujours prévenant, de pouvoir mettre ses mains autour de on cou, il refuse, lui rappelant son mari, sa vie en France où "toutes les maisons sont debout", une attitude très réelle, bien orientale, de vérité des sentiments et des actes).
Une formidable pièce de théâtre comme je n'en ai pas vu depuis longtemps -texte, mise en scène, interprétation, mise en lumière, décors, vêtements, ponctuation musicale-. Cette troupe fameuse est saluée longuement par des applaudissements et des bravos qui éclatent spontanément.
LA TERRASSE
Nabil El Azan, metteur en scène franco-libanais et directeur de la compagnie La Barraca, met en scène Le Collier d’Hélène en compagnie des acteurs du Théâtre National Palestinien.
Dans une ville arabe que Carole Fréchette ne nomme pas mais qui emprunte ses traits, sa topographie symbolique et ses douleurs à Beyrouth, ville qui a vu naître cette pièce, et à Jérusalem, ville où Nabil El Azan en a répété cette version en compagnie des acteurs du Théâtre National Palestinien, erre Hélène, à la recherche du petit collier de perles blanches qu’elle a perdu. Le parcours initiatique de cette Occidentale dans le dédale d’une ville qui tente de panser les plaies d’un interminable conflit se fait sous la houlette et la protection de Nabil, un chauffeur de taxi grâce auquel elle rencontre un contremaître cynique, une mère meurtrie, un homme au rêve brisé et un petit revendeur à la sauvette. Ces personnages lui révèlent une réalité plus douloureuse que la sienne et la part la plus douloureuse d’elle-même, de ses échecs enfouis et de ses renoncements que la mission que lui confient ceux qu’elle croise lui permet de dépasser : retourner dans son pays pour dire « on ne peut plus vivre comme ça ». Ce spectacle porteur de l’exigence éthique et politique de la paix et de la considération d’autrui est l’occasion de découvrir le talent et l’engagement du Théâtre National Palestinien qui, depuis Jérusalem-Est, résiste depuis vingt ans à la destruction par la création.Catherine Robert